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Pour comprendre, il faut voir, et pour voir il faut commencer par regarder.
Redécouvrir les origines, c’est donc retrouver les motivations et les émotions fondamentales sur lesquelles reposent notre manière de penser, d’imaginer, de créer, de sentir et d’éprouver.
L’art a souvent été une tentative pour interpréter la nature

La découverte de l’art préhistorique va amener à m’interroger sur mon identité. Enfant, toutes mes promenades dans la campagne Mâconnaise avaient pour but la découverte de silex taillés et surtout de pointes de flèche, cet outil sacré pour un chasseur de 14 ans. Par une belle journée d’août, j’ai trouvé ce fabuleux trésor dans une vigne de la Roche Vineuses, ma passion fut tellement forte que j’ai failli m’évanouir. Depuis ce jour, une prise de conscience des capacités imaginatives, créatives et qui 30 ans plus tard continu de nourrir mon travail.

Dans ma poche droite un galet, dans ma gauche un morceau de lame de scie à métaux cassées ; assis au bord d’un lac j’ai gravé ce galet, deux visages pour communiquer avec les hommes.

Plus tard, j’ai gravé des dizaines de galets cherchant le visage unique contenu dans chaque pierre.


J’avais besoin de vous raconter cette histoire ancienne car l’art est le moyen offert à l’homme de dialoguer avec des entités.

Copyright, Alain Berthéas et Julien Berthéas
2004-2005

Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis” (P. Eluard)

L'énergie plastique que déploie Alain Berthéas depuis quelques temps s'est concentrée sur la production de grands objets tels que ces dolia à l'épiderme bleu ou noir serrés les uns contre les autres avec aplomb mêlant force contenue et tranquille élégance. Leurs référents seraient à trouver dans un certain Moyen Age japonais, mais une telle analogie, outre qu'elle n'oriente que faiblement notre sensibilité, nous rappelle surtout que la nature spirituelle de toute tension plastique détermine puissamment l'acte potier qui s'ancre dans un imaginaire culturel et historique venant en décantation de ce que nous avons investi de nos orients inconscients ou rêvés. Les empreintes de corde qui furent disposées en spirale à l'intérieur des vaisseaux, dont nous pouvons toucher du doigt et de l'œil le saillant des arêtes, renvoient à leur efficacité structurante et nous amènent à vivifier une mémoire du temps déroulé, processus par ailleurs figé dans le secret des jarres. Tout geste potier n'est que d'élévation (avec ou sans corde).

Mais les jarres ne sont pas seules, ici. En ce lieu d'exposition, extension de l'atelier, s'affirme une démarche libératoire où A. Berthéas dégage et intègre un nouvel espace de vibrations, étalant devant nous une machinerie mettant en œuvre plusieurs mouvements de matière, d'influences de matières en un geste et une volonté unificatrices. Outre la terre cuite, le tissu, le bois et la couleur (utilisée comme à l'imprimerie), sont sollicités : on nous propose de partager rêverie de l'engendrement dans un espace immédiatement perceptible.

On nous offre à voir de grands cylindres de terre cuite (eux aussi montés autour d'une corde) dont les surfaces externes sont gravés d'entrelacs, de picots, et autres figures prêtes à naître. Nous tournons autour et nous aimons interroger la force contenue de ces matrices, rouleaux encreurs qui transmettent leurs reliefs aux toiles suspendues sur les cimaises ; sur les aplats plus ou moins lâches se côtoient maintenant couleurs de mousses, d'eaux et de luxuriance, transmettant des schémas symboliques et pariétaux qui serpentent et dérivent sur les terres d'ocre et les sables du fun. Il y ici l'affirmation d'un langage vernaculaire dont la fraîcheur vient de l'esprit buvant aux sources mêmes du désir : celui de générer, dans la douceur, la mère des formes. C'est l'activation de ce mythe intime que se prête en toute ingénuité A. Berthéas.

Le bois sculpté en piliers noirs est une démonstration autre de cet acte fondateur : l'esquisse toujours infiniment, cependant que foisonnement sur l'autre pilier les signes grouillants, longilignes, de fécondité à jamais offerts. L'étalement d'un rêve plus que jamais se nourrit du réel et se rend à lui pour le bonheur de tous.

Joël-Claude Meffre, juillet 2003